Prix culturel vaudois

Ganesh Geymeier remporte le prix culturel Musique 2022 de la Fondation vaudoise pour la culture

Ses premières apparitions, sur les scènes lausannoise et genevoise, il portait perché au-dessus de sa tête le palmier du sadhu, l’immense barbe du prophète, il se balançait délicatement comme un sage soufi, il jouait « coltranien », c’est-à-dire d’une mystique sans âge, débarrassé des questions techniques, hanté par le sens. Il a joué dans tous les contextes, des trios swings aux trios free.

Et puis peu à peu, Ganesh a inventé ce son, légèrement fissuré par la peur. Il n’est plus seulement une promesse – le souffleur qu’on s’arrache de ce côté-ci du monde. Il parvient à réconcilier l’âme et la machine, l’acteur et l’observateur, le free et la mélodie; il est de Suisse et d’ailleurs dans cette marche verticale où un ténor patiné lui sert de balais de sorcier.

Opérer en souffle continu. Celui, conversationnel et frictionnel, du collectif. Celui, plus introspectif, de la respiration individuelle et intérieure. Dans tous les cas, faire corps avec le bourdon originel d’un monde qu’on continue à arpenter, même quand les pérégrinations cosmopolites sont contrariées.

Premier paratonnerre du collectif lémanique L’Orage, Ganesh est aussi l’auteur en 2022 de deux échappées solo qui s’inscrivent avec pertinence dans l’époque: un Wuji qui brasse les cartes de ses innombrables voyages aux confins des cultures sonores, un 1:15:40 sur lequel son seul interlocuteur est l’église Saint-François, ce grand corps social et résonnant.

Saxophone arrimé à son backpack ou aux souvenirs archivés sur son laptop, Ganesh Geymeier est tantôt Coltrane (Alice et John), tantôt Lomax (Alan) et Bowles (Paul), tantôt Parker (Charlie ou Evan). Compositeur, compère, improvisateur, force documentaire: c’est de ce refus de compartimenter les traits que Ganesh Geymeier tire sa puissance.*

*Fondation vaudoise pour la Culture